Ed Miliband

 

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Ed Miliband, Chef du Parti travailliste du Royaume-Uni, du 25 septembre 2010 au 8 mai 2015, annonçait au Telegraph,‎ le 12 avril 2014:

« J’espère être le premier Premier ministre juif si je gagne les élections. J’ai une foi particulière, je me présente comme un juif athée. Je suis juif par mes origines et cela fait partie de qui je suis. Je ne crois pas en Dieu, mais je pense que la foi est une chose très importante pour beaucoup de gens. Dieu fournit l’alimentation, une foi à propos de la façon dont vous pouvez changer le monde. »

Le journal rappelle que, bien avant lui, Benjamin Disraeli était certes né dans une famille juive mais était un anglican pratiquant lorsqu’il fut Premier ministre.

 

Article de Slate du 23/02/2015

Qui est Ed Miliband, futur possible Premier ministre britannique?

Frédéric Martel — , mis à jour le 23.02.2015 à 8 h 30

Ed Miliband, le 23 septembre 2014. REUTERS/Suzanne Plunkett
Ed Miliband, le 23 septembre 2014. REUTERS/Suzanne Plunkett

Des livres. Des centaines de livres. Et des amendes. «Overdue Fines» en anglais. Le bureau d’Ed Miliband ressemble à une bibliothèque.

A l’étage où je me rends pour le retrouver, au Center for European Studies, à Harvard, Miliband a accumulé dans son bureau des ouvrages d’économie, des essais politiques, des livres d’histoire. Après tout, Harvard est l’université de John Rawls et de Michael Sandel: il lit ces philosophes-là et fréquente même Sandel. Il lit également Robert Putnam, le sociologue maison, Joseph Nye, le père du Soft Power et quelques-uns des économistes les plus réputés au monde. Ed empile ces livres empruntés à la bibliothèque Widener d’Harvard partout. Sur le rebord des fenêtres de son petit bureau; par paquets à même le sol; en colonnes instables. Sans se préoccuper des délais de prêts.

Alors les lettres de rappels se sont multipliées. A Harvard, un étudiant ou un «visiting scholar» comme Miliband, peut emprunter sans limitation de durée un nombre illimité de livres. Au-delà de dix jours, une règle impose toutefois de les rapporter immédiatement lorsqu’une autre personne les demande. Sinon, l’emprunteur récalcitrant est puni d’une amende: deux dollars par jour de retard. Miliband a reçu des dizaines de lettres de rappel et a laissé traîner. Harvard l’a appelé; on l’a menacé de lui interdire l’accès de la bibliothèque; de le punir d’une sanction pécuniaire conséquente. Rien n’y a fait.

Arrogant, Ed Miliband? Inconséquent? Pas vraiment. Juste une insouciance d’intellectuel qui plane. De ceux qui vivent «la vie de l’esprit». De ceux qui sont trop occupés à lire et à penser pour s’arrêter aux considérations matérielles. Car Miliband a compris, à Harvard, qu’il avait une mission à accomplir. Et peut-être même un destin. Il a hésité à écrire un livre sur le futur de la gauche qui s’appellerait «What’s left?», avec un beau jeu de mot sur «left», à la fois «ce qui reste» et «ce qu’est la gauche». Sa mission: imaginer la nouvelle gauche britannique. Son destin: être le futur Premier ministre britannique.

Ed Miliband affrontera le 7 mai prochain David Cameron dans l’une des élections les plus imprévisibles qu’ait connu la Grande-Bretagne depuis longtemps. Ce sera une date décisive pour le Parti travailliste du Royaume-Uni, le Labour, mais aussi pour l’Europe et son futur. Mais qui est cet homme réservé et finalement peu connu du grand public? Quelles sont ses idées et, à 45 ans, qu’est-ce qui le fait courir?

Entre 2002 et 2004, lorsque ce proche de Gordon Brown fut invité pendant plus d’une année à Harvard –entre l’exil volontaire et la traversée du désert–, j’ai eu l’occasion de le fréquenter régulièrement. Je vivais alors, comme lui, à Boston aux Etats-Unis, j’avais la même carte d’accès à la bibliothèque Widener où je faisais ma thèse et, tout en étant attaché culturel français, j’étais associé également, comme simple «visiting scholar» au Centre d’études européennes d’Harvard. Au-delà de la «story» que nous racontent aujourd’hui ses spins-doctors et d’innombrables articles, qui est-il vraiment?

Un intellectuel marxiste nommé Ralph Miliband

Au commencement: le père. Ed et David Miliband sont les deux fils d’un des plus célèbres intellectuels britanniques de l’après-guerre. Enfant d’une famille juive polonaise immigrée en Belgique, fuyant les nazis vers la Grande-Bretagne, Ralph n’a que 16 ans lorsqu’il arrive, en mai 1940, à Londres. Il parle mieux yiddish qu’anglais et mieux français que yiddish. Mais il a la haine du fascisme. Cela se comprend. Encore mineur, le réfugié repart pour le continent à bord de la Royal Navy. En 1944, il fait partie des troupes britanniques qui libèrent l’Europe. Ce qui lui vaut d’être naturalisé en 1948. (Les attaques récentes qui ont été faites sur ce passé par la presse conservatrice, et qui ont exaspéré ses deux fils, paraissent donc bien peu fondées.)

Ce qui est vrai: Ralph est marxiste. Non pas un marxiste orthodoxe, puisqu’il n’a pas adhéré au Parti communiste, a rejeté le léninisme et n’a jamais défendu l’URSS, mais un marxiste idéaliste. Il rejoint un moment le Labour mais quitte le parti, insatisfait de ses batailles d’appareil. Il préfère se consacrer aux livres et aux idées.

Ed m’annonce qu’il rentre pour le week-end à Londres car «Nelson Mandela vient dîner à la maison»

 

Marxiste anti-stalinien donc, professeur à la prestigieuse London School of Economics, Ralph Miliband est l’un de ceux qui ont pensé la «New Left» britannique, à la gauche du Labour. Il est critique à l’égard de l’«establishement» et, erreur d’époque, du «socialisme parlementaire» –le titre de son premier livre. A-t-il été trotskiste? Peut-être. Est-il «radical»? Certainement. Il est même trop dogmatique et, pour une part, trop sectaire, de l’aveu même de son fils Ed. En tout cas, c’est en authentique socialiste qu’il meurt en 1994, laissant une œuvre importante, quoique datée depuis la chute du mur de Berlin, et qui n’est pas sans rappeler, dans son obsession à expliquer l’inexplicable «barbarie» stalinienne, celles, en France, d’un Cornelius Castoriadis ou d’un Claude Lefort.

La liberté, la justice, la lutte sociale, «ce ne sont pas des choses que j’ai choisies, a reconnu Ed Miliband lors d’un de ses premiers discours. Ce ne sont pas des choses que j’ai apprises dans les livres, pas même dans ceux de mon père. C’est quelque chose avec quoi je suis né».

Le village de Westminster

La famille est athée et «secular» –on dirait «laïque» en français. Etudiante immigrée juive polonaise, elle aussi, Marion était l’une des étudiantes de Ralph lorsqu’ils se sont rencontrés. Le mariage a lieu en 1961. De cette union naissent David Wright Miliband en 1965 et, le 24 décembre 1969, Edward Samuel Miliband, dit Ed.

Nés dans une famille de réfugiés pauvres, au capital culturel supérieur au capital économique, les Miliband connaissent pourtant une ascension sociale remarquable à mesure que leur père devient un intellectuel de gauche de référence. Cette seconde génération d’immigrés, les fils, n’a plus les origines modestes de la première, celle du père. Ils se retrouvent rapidement au cœur de l’élite, et même au cœur de l’élite de l’élite. «La crème de la crème», comme on aime le répéter à Londres –en français dans le texte.

Les deux frères entrent à Oxford, y fréquentent le même collège d’exception Corpus Christi, vivent et étudient aux Etats-Unis, et adhèrent, encore adolescents, au Labour (comme leur mère). Leur militantisme de gauche va de pair avec un certain internationalisme, où l’on fréquente l’association Jews for Justice for Palestinians, on est abonné à l’hebdomadaire de l’ultra-gauche américaine The Nation (Ed y fera même un stage), on défend les mineurs en grève (contre Margaret Thatcher), on condamne la course à l’armement nucléaire de Reagan et, bien sûr, l’apartheid. Lors d’une de mes discussions avec Ed, à Harvard, il m’annonce qu’il rentre subitement pour le week-end à Londres… car «Nelson Mandela vient dîner à la maison».

Parcours classique en somme pour deux jeunes fils de famille maintenant bien intégrés et dont le plan de carrière indique déjà: Westminster.

Ministre et confident de Gordon Brown

L’homme qui va «faire» Ed Miliband n’est pas un intellectuel, c’est un pur politique: Gordon Brown. Nommé chancelier de l’Echiquier (le ministre des Finances et du Trésor au Royaume-Uni) après la victoire de Tony Blair en 1997, le n°2 du gouvernement britannique fait appel à Miliband comme conseiller et speechwriter. Ed est discret, efficace et surtout loyal. Comme Brown, Miliband est «workaholic» –un obsédé du travail. Il fonctionne aux nombres et impressionne Brown par sa maîtrise des chiffres et des statistiques économiques.

Ed et David Miliband, à l’issue de la «bataille» pour la tête du Labour, le 25 septembre 2010 à Manchester. REUTERS/David Moir

Après plusieurs années au pouvoir, et quelques déceptions d’ambitions secrètes profondes, Ed décide en 2002 de prendre une année sabbatique: il devient «visiting scholar» à Harvard. A son retour, en 2004, il retrouve Brown qui continue à jouer au chat et à la souris avec Tony Blair. Ce dernier promet depuis plusieurs années de lui laisser la place au 10 Downing Street, avant de systématiquement se raviser.

David Miliband est aussi fidèle à Blair que son frère Ed l’est à Brown. En 2005, Ed est parachuté dans une circonscription relativement facile dans le sud du Yorkshire, Doncaster North, qu’il remporte en jouant la carte de l’outsider anti-Westminster. C’est peu crédible, mais ça marche.

Député à la Chambre des communes, il n’y reste qu’une année avant d’entrer dans le nouveau gouvernement de Tony Blair, comme ministre junior du «third sector» (l’économie sociale, les associations et les charités) tandis que son frère est ministre de plein exercice chargé de l’Environnement.

Lorsque Gordon Brown devient Premier Ministre, Ed est propulsé à nouveau. D’abord sans portefeuille –alors que son frère est nommé aux Affaires étrangères–, il sait attendre son heure. En 2008, il obtient l’Environnement et le Changement climatique, un ministère déjà occupé par David.

Pour la première fois, son action devient visible et il se met à jouer un rôle de premier plan. Par des propositions audacieuses sur l’environnement, il séduit l’aile gauche du Labour et les Verts britanniques (notamment lors du sommet de Copenhague). Son surnom devient «Green Ed».

Cain et Abel

La scène reste largement à écrire. Le 12 mai 2010, Ed Miliband se rend chez son frère, David. La veille, le Premier ministre Gordon Brown vient de démissionner, quittant le 10 Downing Street. Quelques heures plus tôt David, le ministre des Affaires étrangères sortant, a annoncé sa candidature à la tête du Labour. Que se disent les deux frères? Les versions divergent.

La presse a titré: «Brothers at War» ou «La Tragédie des frères Miliband». On a parlé d’un acte «fratricide». C’est Robert Kennedy qui aurait assassiné JFK! On a usé et abusé de l’image du mythe de Cain et Abel.

Ce soir-là en tout cas, Ed Miliband annonce probablement à son frère qu’il va se présenter contre lui. Que sa détermination politique est plus forte que sa solidarité familiale.

Cet épisode ne laisse pas de surprendre. Tous ceux qui l’ont connu avant se souviennent d’Ed Miliband comme d’un garçon calme, rationnel, analytique: l’introspection plus que l’affectif le caractérisaient. Il y avait peu d’émotions dans sa vie. Peu d’audaces et de prise de risques.

A Harvard, où il regardait The West Wing et aimait sortir avec un groupe de jeunes juifs un peu exilés comme lui, il a longtemps hésité. Timide, modeste, il se mettait peu en avant. Ne tirait pas la couverture à lui. Il a passé plusieurs semaines à s’imaginer un destin: devait-il se lancer dans une carrière universitaire, comme son père? Ou dans une carrière politique, comme son frère? Les questions personnelles se mêlaient à ces préoccupations. «You don’t understand!», me répétait-il, mystérieux.

Plus question de lutter seulement contre la pauvreté, comme l’a fait Blair; il faut lutter contre ses causes

Et puis il a choisi. Fini Horatio, oublié Hamlet, Ed Miliband a pris le parti de César. Qu’est-ce qui l’a poussé à se lancer en politique et, acte encore plus grave de conséquence, à se présenter contre son propre frère? Au-delà des raisons psychologiques et personnelles, qui jouent pour une part, il y a une raison de fond. Une raison politique. A travers les deux frères, se rejoue la bataille Blair-Brown. David est un «blairiste» de la première heure; Ed un «browniste» de longue date.

Aux yeux d’Ed, le Labour doit renouer avec ses origines et retrouver jusqu’à son nom: le travail, la condition des travailleurs, la critique du capitalisme. Plus question de lutter seulement contre la pauvreté, comme l’a fait Blair; il faut lutter contre ses causes: l’injustice, l’inégalité. Si Ed a rejeté le dogmatisme de gauche de son père, il rejette tout autant cet autre sectarisme qu’est devenu, à ses yeux, le centrisme de Tony Blair. Celui aussi de son frère.

Mais il y a plus: la guerre en Irak. A Harvard, Ed Miliband a suivi de près les préparatifs et l’entrée en guerre en Irak. Il détestait George W. Bush par nature, si l’on peut dire, mais son animosité se transforme en haine avec l’intervention irakienne.

Souvent, il partage ses critiques avec Stanley Hoffmann, le grand intellectuel du Center For European Studies d’Harvard, lui aussi un juif exilé –et un opposant viscéral à la guerre en Irak. Lors d’un déjeuner que j’organise avec l’atlantiste Bernard Kouchner, futur ministre des Affaires étrangères de Sarkozy, je découvre un Ed Miliband mal à l’aise de se retrouver à front renversé: ce proche du gouvernement britannique pro-Irak est contre la guerre; le Français, en revanche, venu d’un pays anti-guerre, semble la cautionner. En privé, Ed Miliband milite auprès de Gordon Brown pour qu’il démissionne sur l’Irak et précipite de fait la chute de Tony Blair. Sans succès.

Si Gordon Brown ne se désolidarisera jamais du Labour, la guerre en Irak va rester l’un des échecs majeurs de Tony Blair et, avec un scandale financier qui éclabousse le Parti travailliste, le pousser peu à peu vers la sortie.

C’est cette bataille qui se rejoue en 2010 entre les deux frères pour le leadership du parti. La bataille, réellement fratricide, est d’une violence inouïe car c’est une violence intérieure, rentrée. Ed prévient, dès le début, lors d’un discours fameux:

«David est mon meilleur ami au monde. Je l’aime tendrement et je pense qu’il est possible et nécessaire pour ce parti que nous ayons une compétition pacifique [a civilised contest]… Je suis là pour gagner, mais que je gagne ou que je perde, nous resterons les meilleurs amis [du monde] et je l’aimerai toujours tendrement.»

Ed, pas plus que David, n’a tapé en dessous de la ceinture. Ils auraient pu, tant ils connaissent les fragilités les plus intimes de leur opposant de frère. Il n’empêche: le camp David a tenté de peindre Ed en dangereux gauchiste. Pour la presse conservatrice, il devient «Red Ed». Certainement plus à gauche que David, Ed réussit à se placer justement au centre de gravité du Parti travailliste et à montrer qu’il est le seul à pouvoir dépasser le clivage Blair-Brown. Il marque des points.

David Cameron et Ed Miliband n’ont rien en commun. Cameron est un enfant gâté, un fêtard. Miliband ne boit pas, ne fume pas, garde toujours le contrôle

 

Qui est le plus européen des deux? C’est difficile à dire. En tout cas, Ed qui ne s’est jamais passionné pour les questions européennes, ni au centre européen d’Harvard, ni depuis, parle peu du sujet. Il défend l’Europe d’un strict point de vue économique, en collant au patronat pro-business et pro-européen. Il est contre toute idée de référendum sur le sujet car il se méfie des populismes.

C’est aussi deux façons de faire campagne: David mène la bataille en manager sûr de la gagner. Ed choisit l’incarnation et l’inspiration. Technocratie d’un côté; bataille idéologique de l’autre. Pour David, la politique c’est: des hommes. Pour Ed, la politique c’est: des idées.

La défaite est cuisante pour David. Selon plusieurs témoins, la relation entre les frères est aujourd’hui cassée.

Ed contre Goliath

Après avoir vaincu David (Miliband), Ed va maintenant affronter David (Cameron). Les deux hommes se connaissent. Ils sont issus de la même université d’Oxford et, pour une part, appartiennent au même «establishment». Mais ils n’ont rien en commun. Cameron est un enfant gâté, un fêtard; Ed, lui, ne boit pas, ne fume pas, il est toujours «under control».

La tension entre la gauche radicale et la gauche modérée reste l’une de ses interrogations fondamentales. Et le rassemblement de la gauche, son obsession. Au Massachusetts Institute of Technology (MIT), en 2003, il participe à un déjeuner avec l’ancien Premier ministre français Lionel Jospin. A sa table: la spécialiste de la mondialisation Suzanne Berger, le traducteur de Tocqueville Arthur Goldhammer, et Jospin. Ce dernier, ancien trotskiste reconverti en social-démocrate, lui raconte son expérience de la «gauche plurielle» et comment la révolution, à laquelle il a tant cru, n’est plus possible aujourd’hui. Il faut rester fidèle à l’esprit de la révolution en étant un vrai réformiste, dit en substance Jospin. Ed Miliband croit entendre son père. Il est marqué par ces aveux sincères et tristes du Premier ministre français déchu. Et comprend que, pour gagner, la gauche doit savoir rassembler jusqu’aux anciens communistes, écologistes et autres syndicalistes. Il retient la leçon.

Aux Etats-Unis, Ed Miliband s’est également passionné pour les primaires démocrates et les élections américaines de 2004. Il a étudié de près la stratégie numérique du gouverneur du Vermont, Howard Dean, candidat du Parti démocrate qui a réussi à remobiliser la jeunesse américaine (avant d’être battu par John Kerry). En 2008, Miliband est revenu aux Etats-Unis avec sa femme, Justine Thornton, en voyage amoureux… pour assister à la Convention démocrate d’investiture de Barack Obama. Il s’est intéressé aux campagnes de porte-à-porte, aux focus groups et aux techniques électorales de la machine démocrate. C’est aussi grâce au numérique et aux messages politiques par SMS qu’il a battu son frère. Ces derniers mois, il a même fait appel à David Axelrod, le gourou de Barack Obama, pour l’aider à définir la stratégie de sa campagne.

Nous en sommes-là. A moins de trois mois d’une élection décisive, Ed Miliband est-il prêt? Est-il sorti de ses hésitations existentielles et de ses états d’âme de fratricide?

Intellectuel tombé en politique, il a rangé sagement ses livres. Il a placé son ambition avant sa famille. Et ses idées de gauche avant celles de son parti plus centriste. Mais est-il vraiment un homme politique avec ce que cela suppose de rage et de compromis sur les idées? Ou l’a-t-il juste cru, en lisant trop de livres?

«Un homme politique est un intellectuel qui ne pense pas», a prédit le grand théoricien américain Harold Rosenberg. Ed Miliband sait cela. Savant et politique, il entend justement réconcilier le monde des idées et celui de l’action. Mais en tuant le frère, et peut-être le père, et en se choisissant un destin contre sa nature, le possible futur Premier ministre britannique ne s’est-il pas aussi menti à lui-même?  

Ce portrait d’Ed Miliband se nourrit de souvenirs personnels de l’auteur, de plusieurs entretiens à Boston et, récemment à Londres, d’articles du Guardian, ainsi que de la biographie de référence de deux journalistes britanniques: Mehdi Hasan et James MacIntyre, Ed, The Milibands and the Making of a Labour Leader, 2012.

L’article a été actualisé le lundi 23 février 2015 avec l’ajout de la rencontre d’Ed Miliband avec Lionel Jospin.