L’impossibilité d’une extrême droite européenne

extrême droite
Les militants d’extrême droite pensent que leur unité à un niveau européen, voire mondial, peut les mener à la victoire.
Pourtant cette unité ne pourra pas se réaliser. Même si une extrême droite européenne voyait le jour, elle ne ferait probablement pas long feu.
Et ce pour de nombreuses raisons: les divisions qui sont déjà importantes à l’échelon national deviendront insurmontables à l’échelle internationale.
 
Premier point: la religion
Les différences religieuses entre les peuples européens “de souche” ne me paraissent plus fondamentales aujourd’hui. Elles restent tout de même un facteur de division. Catholiques, protestants, orthodoxes, athées ne s’entendront pas nécessairement à long terme. Si les guerres de religion entre catholiques et protestants au XVIème siècle ne sont plus d’actualité, souvenons-nous que la guerre ethnique des années 90 dans les Balkans avait également une connotation religieuse (serbes orthodoxes contre croates catholiques…). Comme le conflit nord-irlandais qui a débuté à la fin des années 1960 et s’est achevé officiellement en 1997.
En outre, à l’intérieur d’un même camp nationaliste, une opposition entre chrétiens et athées est également envisageable, malgré le partage d’une culture et de valeurs communes.
 
Deuxième point: le milieu social.
Les idées d’extrême droite peuvent séduire à la fois des bourgeois réactionnaires attachés aux valeurs traditionnelles, et des prolétaires blancs hostiles à leurs homologues immigrés, mais aussi au capitalisme libéral. L’extrême droite est-elle prête à une guerre des classes en son sein?
Durant les années 30, le faisceau de Georges Valois d’inspiration fasciste et révolutionnaire, avait affronté les royalistes de l’Action Française, notamment sur des questions sociales.
Aujourd’hui encore, l’appartenance à une classe sociale et la volonté de défendre ses intérêts, expliquent en partie l’adhésion aux idées d’extrême droite. Celle-ci pourrait alors être scindée en deux courants hostiles qui mettrait à mal sa cohésion.
 
Troisième point: les différences ethniques, linguistiques et régionales.
Dans plusieurs pays, l’extrême droite est divisée en différents courants régionaux souvent antagonistes. Par exemple en Belgique avec l’extrême droite flamande et son homologue wallonne, dont on peut légitiment douter qu’elles puissent nouer une alliance durable.
La lutte commune contre l’immigration, l’islam, le mondialisme, fera t-elle disparaître les rivalités politiques? Rien de moins sûr…
En France, les bretons, les corses, les marseillais, les parisiens, les lyonnais seront-ils capables d’oublier leurs querelles de clochers? Les incidents récurrents lors des rencontres de football laissent penser le contraire. Comme dans les autres pays européens où des supporters qui ont pourtant la même idéologie, la même origine sociale et la même couleur de peau, s’affrontent pour l’unique raison de soutenir un club différent.
Si ces divergences existent à un niveau national, elles prendront une dimension encore plus grande à un niveau européen. Au delà des causes communes, les extrêmes droites française, allemande, anglaise pourront elles faire fi des rivalités historiques entre leurs pays respectifs? Un sacré défi à relever…
Les nationalistes des pays de l’est trouveront-ils un terrain d’entente avec ceux de l’Europe occidentale? Les violences contre des Polonais au Royaume-Uni après le vote sur le Brexit illustrent bien cette difficulté.
 
Dernier point: le système politique.
Dans ce cas, les dissensions sont parfois plus significatives au sein d’un même pays, car des militants de pays différents peuvent partager la même conception de gouvernance tout en étant en désaccord avec leur propres compatriotes.
Quelle construction politique bâtir par une extrême droite unifiée au niveau européen? : la monarchie, la république, la dictature, la théocratie…avec toutes les nuances possibles entre ces systèmes et à l’intérieur d’eux…
En France les royalistes et les révolutionnaires se sont opposés au XVIIIème siècle, chacun défendant sa conception politique. Quant à la seconde guerre mondiale, elle était aussi un affrontement idéologique entre les démocraties alliées et les forces fascistes de l’Axe.
On se doute que l’entente sera très difficile entre les extrêmes droites européennes pour le choix d’un régime commun.
 
Pour conclure, a t-on encore besoin de rappeler que les européens se sont longtemps cruellement déchirés pour des raisons ethniques, idéologiques, politiques, territoriales, religieuses ou sociétales. Que ce soit dans le cadre de conflits internationaux (les deux guerres mondiales) ou locaux (guerre civile en Espagne, guerre en Yougoslavie).
Une victoire de l’extrême droite contre ses ennemis actuels pourrait très bien raviver les haines ancestrales entre des européens qui se croient encore dans le même bateau…alors qu’il s’apprêtent à mettre leur continent à feu et à sang.