Angela Buxton et Althea Gibson : deux exclues qui finirent par battre tout le monde

Doubles partners smash prejudice as 1956 Wimbledon champs | The Times ...

Angela Buxton et Althea Gibson après leur victoire en double à Wimbledon en 1956. Une Britannique juive et une Américaine noire, réunies par le tennis et par une expérience différente mais commune de l’exclusion.


En mai 1956, sur la terre battue de Roland-Garros, deux femmes se présentent ensemble pour disputer la finale du double.

La première est américaine, noire, née en Caroline du Sud et élevée à Harlem. Quelques années auparavant, le tennis américain lui était encore en grande partie fermé.

La seconde est britannique et juive. Dans son propre pays, certains clubs de tennis n’ont pas voulu d’elle.

Elles perdent le premier set de la finale, 8-6.

Elles arrachent le deuxième, 8-6.

Puis quelque chose cède chez leurs adversaires.

Le troisième set se termine sur un 6-1.

Althea Gibson et Angela Buxton viennent de gagner Roland-Garros.

Quelques semaines plus tard, elles recommencent.

Cette fois sur le gazon de Wimbledon.

Et cette fois, elles deviennent championnes en battant les Australiennes Fay Muller et Daphne Seeney, 6-1, 8-6.

Un journal britannique résumera leur victoire par un titre aussi brutal qu’étrange :

« Minorities Win. »

Les minorités gagnent.

La Noire et la Juive avaient gagné Wimbledon.

L’histoire pourrait s’arrêter là et devenir une jolie parabole sur deux victimes de discriminations unissant leurs forces contre les préjugés.

Ce serait simple.

Ce serait surtout passer à côté de ce qui rend leur histoire réellement intéressante.

Car Angela Buxton et Althea Gibson ne s’étaient pas associées pour mener un combat politique.

Elles s’étaient associées parce qu’elles étaient devenues amies.

Et peut-être, au départ, parce qu’elles étaient toutes les deux seules.

 

Deux femmes dont les autres ne voulaient pas toujours

The History of the U.S. Open Tennis Tournament: Facts, Past Winners ...

Légende : Althea Gibson fut la première joueuse noire à remporter un tournoi du Grand Chelem en simple. Son entrée dans le tennis américain d’élite avait elle-même constitué une rupture avec les barrières raciales de l’époque.


Les obstacles auxquels furent confrontées Gibson et Buxton n’étaient évidemment pas identiques.

Althea Gibson avait grandi dans une Amérique où la ségrégation raciale était encore une réalité institutionnelle dans une partie du pays.

Elle était une joueuse noire essayant de pénétrer dans un univers largement blanc.

Son entrée dans les grandes compétitions américaines constituait déjà en elle-même un événement. Elle allait devenir en 1956 la première joueuse noire à remporter un titre du Grand Chelem en simple, à Roland-Garros, avant de gagner Wimbledon en 1957 et 1958.

Angela Buxton vivait une situation différente.

Britannique, issue d’une famille juive, elle ne subissait évidemment pas un système juridique comparable à la ségrégation américaine.

Mais elle rencontrait l’antisémitisme du milieu du tennis britannique.

Des clubs lui fermèrent leurs portes. Le plus célèbre épisode concerne le Cumberland Lawn Tennis Club : Buxton racontera qu’on lui avait expliqué très directement que le problème était qu’elle était juive.

L’effet sur elle fut profond.

Elle dira plus tard que l’antisémitisme l’avait rendue plus isolée, plus déterminée et plus détachée.

Autrement dit, la discrimination ne l’avait pas simplement blessée.

Elle avait contribué à fabriquer la joueuse.

1954 Surrey Hard Court Championships

Angela Buxton, l’une des meilleures joueuses britanniques des années 1950. Juive, elle raconta avoir été écartée de certains clubs en raison de son origine.


Et Buxton n’était pas détachée de son identité juive. Elle avait notamment participé aux Maccabiades.

Mais ni elle ni Gibson ne semblent avoir passé leurs journées à réfléchir à leur condition de représentantes d’une minorité.

Elles voulaient surtout jouer au tennis.

Noël 1955 : la rencontre

C’est à la fin de l’année 1955, lors d’une tournée en Asie, que les deux femmes se rapprochent.

Elles se trouvent en Inde.

Buxton remarque Gibson.

Et surtout quelque chose qu’elle connaît bien :

elle est souvent seule.

Buxton l’est également.

Des décennies plus tard, elle expliquera très simplement pourquoi Gibson s’était rapprochée d’elle :

« Althea took to me because I was a loner as well. »

Althea s’était attachée à elle parce qu’elle aussi était une solitaire.

Les deux femmes commencent à passer du temps ensemble.

Elles aiment le cinéma. Elles mangent ensemble. Elles plaisantent.

Gibson avait apparemment un caractère qui pouvait être difficile. Buxton racontait qu’elle pouvait dire des choses grossières ou provocantes et agacer les gens.

Buxton, elle, riait.

Et quelque chose fonctionne.

Buxton reconnaîtra que les discriminations qu’elles avaient subies les avaient initialement rapprochées.

Mais elle ajoutera une précision extraordinaire :

« We never talked about it. »

Elles n’en parlaient jamais.

Il serait tentant d’imaginer deux longues conversations nocturnes sur le racisme, l’antisémitisme et le destin des minorités.

Apparemment, non.

Elles parlaient de tout autre chose.

Et c’est peut-être justement important.

Gibson n’avait pas besoin d’expliquer à Buxton ce que signifiait entrer quelque part en se demandant si les autres voulaient vraiment de vous.

Buxton n’avait pas besoin de l’expliquer à Gibson.

Elles le savaient.


« Personne ne me l’avait jamais demandé »

Duchess Marina of Kent presents Angela Buxton and Althea Gibson their trophy after their women's doubles win at the 1956 Wimbledon. (courtesy)

Althea Gibson et Angela Buxton en 1956. Elles s’étaient rapprochées quelques mois auparavant lors d’une tournée en Inde. Leur association ne naquit pas d’un projet politique : deux joueuses isolées avaient simplement découvert qu’elles s’entendaient. Photo : DR / via The Times of Israel,


À un moment, les deux femmes décident de jouer ensemble.

La manière dont Buxton racontait la scène est presque désarmante.

Elle propose à Gibson de faire le double avec elle.

Gibson lui répond en substance :

Personne ne me l’avait jamais demandé. Bien sûr que oui.

Voilà donc l’origine de l’une des équipes les plus symboliques de l’histoire du tennis.

Pas une réunion politique.

Pas un projet de rapprochement entre les communautés noire et juive.

Pas un manifeste.

Une joueuse demande à une autre si elle veut jouer avec elle.

Et l’autre accepte.


Elles n’étaient pas seulement deux exclues. Elles étaient très fortes.

C’est probablement le point qu’on oublie le plus facilement lorsqu’on raconte leur histoire aujourd’hui.

Le symbole est tellement puissant qu’il finit presque par cacher le tennis.

Or Buxton et Gibson ne gagnèrent pas Roland-Garros et Wimbledon parce que leur histoire était belle.

Elles gagnèrent parce qu’elles étaient deux joueuses de niveau mondial.

En 1956, Gibson est en train de devenir l’une des meilleures joueuses de la planète.

Puissante, athlétique, dotée d’un excellent service et d’un jeu offensif tourné vers le filet, elle possède des qualités particulièrement intéressantes en double.

Mais Buxton n’est absolument pas la partenaire sympathique qui accompagne le génie.

À Roland-Garros cette année-là, elle atteint les demi-finales du simple.

Et savez-vous qui l’élimine ?

Althea Gibson.

Le match est violent dans son déroulement : Buxton gagne le premier set 6-2. Gibson lui inflige ensuite un 6-0 avant de gagner le troisième 6-4.

Quelques jours plus tard, elles doivent rejouer ensemble.

Voilà déjà quelque chose d’intéressant psychologiquement.

En simple :

je veux te battre.

En double :

j’ai besoin de toi.

Certaines relations supportent mal cette ambiguïté.

La leur, si.


Une équipe difficile à achever

Tennis Legend Althea Gibson Was A Member Of Alpha Kappa Alpha Sorority – Onyx Phonix

Althea Gibson à Roland-Garros en 1956. Elle y devint la première joueuse noire à remporter un tournoi du Grand Chelem en simple. Durant le même tournoi, elle battit Angela Buxton en demi-finale du simple avant de remporter avec elle le double dames, face à Darlene Hard et Dorothy Head Knode (6-8, 8-6, 6-1). Crédit : Gil de Kermadec / FFT


Le parcours de Roland-Garros est particulièrement révélateur.

Au deuxième tour, Buxton et Gibson perdent le premier set contre les sœurs Buding avant de revenir : 5-7, 7-5, 6-0.

En demi-finale, nouveau combat en trois manches : 7-5, 3-6, 6-2.

Et arrive la finale contre Darlene Hard et Dorothy Head Knode.

Premier set :

6-8.

Deuxième :

8-6.

Troisième :

6-1.

Il serait excessif de prétendre connaître exactement les mécanismes tactiques qui produisirent ces renversements.

Mais les scores permettent au moins une constatation :

cette équipe était remarquablement difficile à achever.

Et quelque chose apparaît à plusieurs reprises.

Lorsqu’elles parviennent à survivre au moment difficile, elles terminent très fort.

6-0.

6-2.

6-1.

On peut imaginer ce que cela exige dans un double.

Quand vous perdez, votre partenaire est là.

Elle voit vos erreurs.

Vous voyez les siennes.

Il est extrêmement facile de commencer à chercher chez l’autre la raison pour laquelle le match vous échappe.

Buxton et Gibson semblent avoir possédé la qualité inverse :

elles savaient perdre ensemble sans commencer à se perdre l’une l’autre.


De la terre battue au gazon

Quelques semaines plus tard, changement complet de décor.

Wimbledon.

Gazon.

Une surface qui favorise particulièrement le service et le jeu vers l’avant de Gibson.

Mais surtout une nouvelle démonstration de la qualité de leur association.

Elles sont têtes de série numéro 3.

En finale, elles affrontent les Australiennes Fay Muller et Daphne Seeney.

Premier set :

6-1.

Deuxième :

8-6.

Wimbledon est à elles.

La même équipe vient donc de gagner deux tournois du Grand Chelem consécutifs sur deux surfaces radicalement différentes.

Et cela permet de comprendre quelque chose.

Leur réussite n’est probablement réductible ni à l’amitié, ni à la rage née de la discrimination, ni à une mystérieuse alchimie psychologique.

Il y avait d’abord énormément de tennis.

Gibson remportera d’ailleurs cinq titres du Grand Chelem en double avec plusieurs partenaires différentes.

Buxton atteindra cette même année la finale du simple de Wimbledon.

Elles étaient des outsiders dans la société du tennis.

Elles ne l’étaient absolument pas sur un court.


« Minorities Win »

Et c’est alors que les autres commencent à donner une signification particulière à leur victoire.

Un journal britannique choisit ces deux mots :

MINORITIES WIN

Buxton ne semble pas avoir été particulièrement enchantée par cette manière de présenter les choses.

On peut la comprendre.

Elles viennent de gagner Wimbledon.

Elles sont deux joueuses de tennis.

Mais leur identité les rattrape immédiatement.

Althea devient la Noire.

Angela devient la Juive.

Et leur équipe devient « les minorités ».

C’est pourtant également ce qui donne à leur victoire une portée dépassant le tennis.

Car une femme noire et une femme juive viennent de gagner ensemble l’un des tournois les plus prestigieux du monde.

En 1956.


Deux discriminations, mais pas une seule cause

Il faut cependant résister à la tentation de reconstruire l’histoire.

Buxton et Gibson n’étaient pas les représentantes officielles de deux communautés venues conclure une alliance sur le Centre Court.

Et leurs situations n’étaient pas interchangeables.

Gibson avait affronté la barrière raciale du tennis américain dans le contexte beaucoup plus vaste de la ségrégation.

Buxton avait rencontré un antisémitisme social puissant dans certains secteurs du très fermé tennis britannique.

Il existe un point de rencontre entre les deux expériences : l’exclusion.

Mais pas identité de situation.

Et surtout, rien ne permet d’affirmer que leur victoire aurait provoqué en 1956 un mouvement particulier de rapprochement entre Juifs et Noirs.

Le symbole existe.

Il deviendra même très fort rétrospectivement.

Mais à l’époque, Angela et Althea semblent surtout avoir été…

Angela et Althea.

Buxton le dira elle-même des décennies plus tard :

« We weren’t trying to prove a point. »

Elles n’essayaient pas de démontrer quelque chose.

Et elle ajoutait qu’avec le recul, elle voyait parfaitement la dimension historique de deux outsiders s’unissant et battant tout le monde.

Mais elles ne la voyaient pas ainsi à l’époque.


Gibson voulait-elle représenter les Noirs ?

  1. "She’s our Jackie Robinson of tennis": Happy birthday, Althea Gibson | Tennis.com

    Althea Gibson après sa victoire en simple à Wimbledon en 1957. Première joueuse noire à remporter le tournoi, elle reçut le trophée des mains de la reine Élisabeth II. Devenue malgré elle une figure historique pour les Afro-Américains, Gibson resta réticente à endosser le rôle de porte-parole que d’autres voulaient lui attribuer.


C’est ici que le personnage d’Althea Gibson devient beaucoup plus intéressant que l’image rassurante de la « pionnière ».

Parce qu’elle n’aimait pas beaucoup qu’on lui impose ce rôle.

Dans son autobiographie I Always Wanted to Be Somebody, elle explique qu’elle ne se considérait pas comme une militante.

Elle pouvait évidemment se réjouir que ses réussites soient utiles aux Noirs américains.

Mais elle refusait de « battre le tambour » consciemment pour une cause particulière.

Et elle expliquait pourquoi :

« Our best chance to advance is to prove ourselves as individuals. »

Notre meilleure chance de progresser est de faire nos preuves en tant qu’individus.

La nuance est essentielle.

Gibson ne dit pas que la situation des Noirs américains ne l’intéresse pas.

Elle ne dit pas non plus qu’elle s’oppose au combat contre la ségrégation.

Elle dit :

dans ma propre carrière, je veux avancer comme Althea Gibson.

Pas comme porte-parole.

Pas comme militante professionnelle.

Comme individu.

Et cette position lui vaudra d’ailleurs des critiques au sein même de la presse noire.

 

Peut-on servir une communauté sans se mettre à son service ?

Il existe une façon évidente de défendre une minorité : militer. Créer des organisations, manifester, convaincre, réclamer des droits.

Il en existe peut-être une autre, beaucoup plus individualiste.

Faire son truc dans son coin. Et le faire tellement bien que la réussite individuelle finit par avoir des conséquences collectives.

Althea Gibson se méfiait du rôle de porte-parole que certains voulaient lui attribuer. Elle écrivait qu’elle ne « battait le tambour » pour aucune cause particulière, estimant que la meilleure chance de progresser consistait à faire ses preuves individuellement.

Cela pouvait sembler égoïste. Pourtant, lorsqu’une femme noire gagne Roland-Garros puis Wimbledon dans les années 1950, sa victoire cesse de lui appartenir complètement. Elle démontre quelque chose que mille discours auraient peut-être eu davantage de mal à rendre visible.

On retrouve le phénomène chez Sandy Koufax. Il n’avait pas besoin de vouloir transformer le judaïsme américain lorsqu’il refusa de lancer pendant Yom Kippour en 1965. Il prit une décision personnelle. Ce sont des milliers d’autres Juifs qui en firent un symbole collectif.

Baseball — Walter Iooss Jr.

Sandy Koufax sous le maillot des Los Angeles Dodgers en 1965. Sans se présenter comme un militant communautaire, il refusa cette année-là de lancer le premier match des World Series parce qu’il tombait à Yom Kippour. Cette décision personnelle acquit une immense portée symbolique pour de nombreux Juifs américains. Crédit : Walter Iooss Jr., 1965.


Il existe ainsi des individus qui servent consciemment une communauté.

Et d’autres qui poursuivent d’abord leur propre chemin, mais qui, en allant suffisamment loin, élargissent le chemin pour ceux qui viennent derrière eux.

Gibson appartient en partie à cette seconde catégorie.

Et cela ne signifie pas que l’action collective soit inutile.

C’est même là que réside un paradoxe remarquable : pour que Gibson puisse démontrer individuellement qu’une femme noire était capable de battre les meilleures joueuses blanches, il avait d’abord fallu que d’autres se battent collectivement pour qu’elle puisse les affronter.

Le collectif ouvre la porte.

L’individu la franchit.

Et parfois, en la franchissant suffisamment brillamment, il rend plus difficile de la refermer derrière lui.


Une victoire ne détruit pas nécessairement le préjugé

C’est ici qu’il serait très facile de terminer le film.

Une Juive et une Noire gagnent Wimbledon.

Applaudissements.

Générique.

Fin du racisme.

Fin de l’antisémitisme.

Évidemment, rien ne fonctionne ainsi.

Buxton affirmera notamment avoir continué à être tenue à distance de certains clubs, y compris après être devenue championne de Wimbledon en double.

Gibson elle-même constatera que ses succès n’avaient pas fait disparaître les discriminations.

Et c’est peut-être une des leçons les moins confortables de leur histoire.

Une victoire peut détruire un argument sans détruire le préjugé.

Après Gibson, il devient difficile d’affirmer qu’une joueuse noire est incapable d’atteindre le sommet du tennis mondial.

Elle l’a fait.

Après Buxton, il devient difficile de prétendre qu’une joueuse juive n’a pas sa place au sommet du tennis britannique.

Elle vient d’atteindre la finale du simple de Wimbledon et d’en gagner le double.

Les faits ont répondu.

Mais un préjugé n’est pas toujours une théorie rationnelle.

Celui qui ne voulait pas de vous hier peut continuer à ne pas vouloir de vous demain, même après que vous lui avez démontré qu’il avait tort.

Le trophée ne transforme pas nécessairement celui qui le regarde.


« Dans ce cas, Angela restera à la maison »

Une petite histoire raconte assez bien le personnage de Buxton — et surtout sa famille.

Quelques jours avant les finales de Wimbledon, Angela et sa mère cherchent des billets pour le bal organisé autour du tournoi.

On leur annonce qu’il n’y en a plus.

La mère d’Angela aurait alors répondu, en substance :

Très bien. Dans ce cas, samedi, Angela restera à la maison.

Petit problème.

Le samedi, Angela Buxton doit jouer les finales de Wimbledon.

La situation est reconsidérée.

Et deux billets finissent par apparaître.

On ne peut évidemment pas conclure de cette anecdote que le problème initial était antisémite.

Mais on comprend assez bien d’où Angela Buxton tenait une partie de son caractère.


Puis le duo disparaît

Angela Buxton, doubles partner of first Black player to win tennis title, dies - Los Angeles Times

Angela Buxton et Althea Gibson à l’aéroport de Londres, le 27 mai 1958. La carrière internationale de Buxton avait déjà été brisée par une grave blessure au poignet, mais l’amitié née de leur association sportive survivra pendant des décennies. En 1995, lorsque Gibson, malade et ruinée, envisagera de mettre fin à ses jours, c’est Buxton qu’elle appellera. Crédit : Keystone / Hulton Archive / Getty Images.


Leur histoire sportive commune sera extraordinairement courte.

Le corps de Buxton l’arrête.

Une grave affection au poignet et à la main met prématurément fin à sa carrière, alors qu’elle n’a que 22 ans.

Gibson, elle, continue.

Et devient encore plus grande.

En 1957, elle gagne Wimbledon en simple.

Puis les championnats américains.

Elle recommence à Wimbledon en 1958.

Et aux championnats américains.

Elle devient une star internationale.

Les deux femmes suivent ensuite leurs propres routes.

Et le temps passe.

Beaucoup de temps.

Leur relation n’est pas une amitié de cinéma dans laquelle deux anciennes championnes passent quarante années inséparables.

Le contact s’espace.

Puis, plusieurs décennies après Roland-Garros et Wimbledon, le téléphone sonne.


Althea appelle Angela

Dans les années 1990, la vie d’Althea Gibson n’a plus grand-chose à voir avec les photographies triomphales de Wimbledon.

Elle est malade.

Elle manque d’argent.

Et elle est désespérée.

Au point d’envisager de mettre fin à ses jours.

Elle appelle Angela Buxton.

La partenaire de 1956.

Buxton agit.

Elle alerte le monde du tennis sur la situation de Gibson et organise une collecte. L’argent commence à arriver de différents endroits du monde.

2019 US Open - Day 1

Angela Buxton, âgée de 85 ans, lors de l’inauguration du monument consacré à Althea Gibson à l’US Open, le 26 août 2019. Leur association sportive n’avait duré que quelques mois, mais leur amitié avait traversé les décennies. Lorsque Gibson, malade et ruinée, appela Buxton à l’aide en 1995, son ancienne partenaire mobilisa le monde du tennis et permit de recueillir près d’un million de dollars de dons.


Et c’est peut-être seulement là qu’on comprend vraiment ce qui s’était passé quarante ans auparavant.

On pourrait raconter leur histoire comme celle d’une alliance entre une Juive et une Noire.

On pourrait en faire une histoire de lutte contre le racisme et l’antisémitisme.

On pourrait en faire une histoire sur la représentation des minorités.

Tout cela existe.

Mais au-dessous de tout cela se trouve quelque chose de beaucoup plus simple.

En 1955, Althea Gibson était seule.

Angela Buxton était seule.

Elles se sont trouvées.

Elles ont joué ensemble.

Elles ont perdu des sets ensemble.

Elles ont gagné Roland-Garros.

Elles ont gagné Wimbledon.

Puis la vie les a séparées.

Et lorsque, quarante ans plus tard, Althea Gibson s’est retrouvée de nouveau terriblement seule, c’est Angela Buxton qu’elle a appelée.

Buxton avait un jour résumé leur histoire beaucoup plus simplement que ne pourraient le faire toutes les analyses historiques :

« I was on my own and, for different reasons, she was on her own. And then we came together and beat everybody. »

Elles étaient seules, chacune pour des raisons différentes.

Puis elles se sont retrouvées.

Et elles ont battu tout le monde.

Sources