La supériorité technologique des israéliens sur les palestiniens, prélude aux futures formes de domination?

Surnommée la « nation start-up », Israël a un secteur hi-tech extrêmement dynamique et une industrie de la cybersécurité de pointe. Dans le même temps, et au moins une partie de ses dirigeants, de ses généraux et de ses citoyens seraient sans doute heureux de créer un régime de surveillance totale en Cisjordanie dès qu’ils disposeront de la technologie nécessaire.
D’ores et déjà, chaque fois que les palestiniens passent un coup de fil, postent quelque chose sur Facebook ou se déplacent d’une ville à l’autre, ils ont toutes les chances d’être surveillés par des micros, des caméras, des drones et des logiciels espions israéliens. Les données recueillies sont ensuite analysées avec l’aide des algorithmes Big Data. Cela aide les forces de sécurité israéliennes à repérer et neutraliser les menaces potentielles sans déployer trop d’hommes au sol. Les Palestiniens peuvent bien administrer des villes et des villages en Cisjordanie, mais le ciel, les ondes hertziennes et le cyberespace appartiennent aux Israéliens. Il faut donc étonnamment peu de soldats israéliens pour contrôler efficacement les 2,5 millions de Palestiniens en Cisjordanie.
 
Un incident tragicomique est survenu en octobre 2017, quand un ouvrier palestinien a posté sur son compte Facebook un photo de lui au travail devant un bulldozer. À côté de l’image, il avait écrit Ysabechhum !, « Bonjour ! ». Un algorithme automatique commit une petite erreur de translittération des lettres arabes et lut Ydbachhum !, « Tuez-les! ». Soupçonnant que l’homme pouvait être un terroriste envisageant d’écraser des gens avec son bulldozer, les forces de sécurité israéliennes s’empressèrent de l’arrêter. Il fut libéré sitôt qu’ils s’aperçurent que l’algorithme avait commis une erreur. Mais l’image litigieuse de Facebook n’en fut pas moins retirée. On n’est jamais trop prudent. Ce que les Palestiniens vivent aujourd’hui en Cisjordanie pourrait bien n’être qu’un aperçu rudimentaire de ce qui attend des milliards de gens sur la planète.
 
Yuval Noah Harari