Vers un brouillage des frontières entre ashkénazes et séfarades ?

Les différences entre ashkénazes et séfarades sont-elles encore significatives en France aujourd’hui ?
L’auteure de cet article, Lucine Endelstein, pense qu’elle s’atténuent car le judaïsme se recompose.
D’abord au sein du courant réformateur (libéral ou massorti) où l’aspiration à un judaïsme plus moderne concerne aussi bien les ashkénazes que les séfarades.
Mais également au sein de la diversité du judaïsme traditionnel et orthodoxe, où la recherche d’une pratique conforme à ses valeurs et à sa culture brouille les antagonismes ashkénazes/séfarades.
Enfin, selon Lucine Endelstein, la consommation de nourriture cacher participe aussi à la redéfinition de l’identité juive dont les composantes ashkénazes et séfarades tendent à se mélanger plus qu’à s’opposer.
Par ailleurs, les plats de différents pays (France, Chine, Italie…) peuvent être “cachérisés”. Cela montre que les Juifs peuvent à la fois conserver leur traditions et être en immersion totale dans les cultures du monde.
Si l’opposition ashkénazes/séfarades n’a plus cours aujourd’hui (en tous cas en France), les Juifs ont peut-être aussi dépassé celle entre tradition et modernité.

 

Article

Il peut sembler à priori réducteur de décrire la population juive française par le simple clivage ashkénazes et séfarades, en raison notamment des mariages entre Juifs des deux origines et des positions des Juifs issus de ces mariages qui revendiquent les deux appartenances. La pertinence de cette dichotomie héritée des vagues migratoires semble également atténuée par certaines pratiques religieuses contemporaines. Si les origines géographiques ne sont pas oubliées, si l’identification à l’un ou l’autre groupe et l’autodéfinition comme ashkénaze ou sépharade n’ont pas disparu, il semble que les façons contemporaines de pratiquer le judaïsme contribuent à estomper les frontières héritées au profit d’autres identifications, qui redistribuent les cartes et dépassent ces anciennes divisions.

La revitalisation du judaïsme, visible par la multiplication des infrastructures religieuses et l’apparition de nouveaux mouvements au cours des dernières décennies, a créé des lieux de rencontre entre ashkénazes et séfarades qui contribuent à ces recompositions identitaires. Elle se traduit également par l’importance de la dimension religieuse dans l’identification. Une très récente enquête auprès de la population juive montre que « la réinterprétation de la judéité en termes religieux est devenue dominante. » Un tiers des personnes interrogées se déclarent plus religieuses que leurs parents, et deux tiers au total se considèrent « aussi » ou « plus pratiquantes » que ces derniers ; 53 % se définissent comme « assez pratiquantes » ou « très pratiquantes ».

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