L’utilisation des préjuges esthétiques comme redoutable outil de stigmatisation du juif

La question de l’apparence dans les écrits antisémites du XIXe siècle à la première moitié du XXe siècle

Claudine Sagaert
Dans Revue d’anthropologie des connaissances 

 

Extraits : 

« La chouette, que l’on retrouve d’ailleurs sur de nombreux chapiteaux d’églises, traduit l’ignorance volontaire du peuple juif chez les auteurs du Moyen Âge. »

« Quant au scorpion, dans l’art italien et français il est le symbole d’Israël. « Bête venimeuse et dangereuse, piquant par surprise, il symbolise le Juif perfide, fourbe et déloyal ». Si, pour les Pères de l’Église, le scorpion est le symbole de l’hérétique, toutefois à partir du Moyen Âge il figure plus particulièrement le Juif. « 

« Le Juif à la démarche incertaine caractérise l’impossibilité de parvenir à une pensée propre, à une attitude citoyenne, elle traduit son hétéronomie. »

 « C’est en ce sens même que l’expression « sale Juif » a acquis « un triple sens à la fois somatique et éthique : laideur, maladie et corruption morale. »

« Dans la race juive, les femmes sont plus belles que les hommes car les Juives ont échappé à la malédiction dont leurs pères, leurs maris et leurs fils ont été frappés. »

 

Article :

Gustave Doré réalise en 1852, une gravure sur bois intitulée Le Juif errant. Elle représente un homme qui marche, un bâton à la main. Il est d’une maigreur extrême. Ses pieds sont disproportionnés. Une chevelure abondante sans frontière avec la barbe entoure un visage aux yeux mi-clos, au nez crochu et aux lèvres proéminentes. Sur son front une croix rouge est peinte.

Cette image s’inscrit dans le contexte du XIXe siècle dans lequel la conception de la beauté et de la laideur ont participé à la construction d’une esthétique et d’une inesthétique de l’allégorie du bien et du mal, qui ont elles-mêmes servi à établir tout un ordre de valeurs et d’antivaleurs. Durant cette période, l’inflation de l’apparence corporelle a clairement été lisible dans la multiplicité de pseudo-discours scientifiques, comme ceux relatifs à la physiognomonie de Lavater, à la craniologie de Gall, à l’anthropométrie de Bertillon, aux anthropologies raciales, à l’émergence du biopolitique, mais aussi au regain d’intérêt pour la beauté grecque antique, ou à l’impact du sport qui n’a d’ailleurs pas été sans lien avec la défense d’une belle apparence. Ainsi, au XIXe siècle un certain nombre de discours cherchant à établir scientifiquement une correspondance entre le physique, le physiologique et le moral, ont donné à penser que le paraître est le révélateur de l’être.

 

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