Polygamie et polyandrie dans le judaïsme

Si la polygamie est interdite dans le judaïsme, qu’en est-il de la polyandrie, c’est à dire la pratique consistant pour une femme à avoir plusieurs époux?
Aujourd’hui certaines femmes rabbins veulent concilier pratique religieuse et féminisme. Le retour de la polygamie serait alors contraire à l’évolution souhaitée. Mais la polyandrie ne pourrait-elle pas être son pendant féministe?
Ces pratiques peuvent-elles avoir une influence positive sur la démographie juive dans les pays de la Diaspora et en Israël.

 

Extrait de “Dictionnaire des femmes et du judaïsme” de Pauline Bebe.

 

Le premier couple de la Torah est monogame. Il est considéré comme un exemple de fidélité et de stabilité sexuelles même si, par la suite, la Bible présente de nombreux exemples de polygamie. Il se peut que la polyandrie et la polygamie aient existé ensemble avant l’avènement du monothéisme! La polyandrie aurait disparu tandis que la polygamie serait restée une forme de prérogative sexuelle masculine, reconnaissant sa suprématie. La relation entre Dieu et Israël est en effet comparée à une relation monogame. Israël étant la figure féminine n’avait pas le droit de courtiser d’autres dieux. Aux temps bibliques, le déséquilibre est présent : un homme avait le droit d’avoir plusieurs femmes et d’avoir des concubines. Il n’était pas interdit pour un homme d’avoir plusieurs partenaires sexuelles, du moins tant qu’elles n’étaient pas mariées à un autre homme. La femme en revanche est « consacrée » à son mari. Isaac est le seul patriarche monogame et les rois d’Israël sont polygames.

À l’époque talmudique, une évolution apparaît puisque le Talmud décourage fortement la polygamie. Le midrash nous dit par exemple que, dans la génération détruite par le déluge, les hommes avaient deux femmes, l’une pour l’enfantement, l’autre pour la gratification sexuelle (Gen. R. 23 : 2) ; la première vivait comme une veuve car les femmes enceintes étaient comme une abomination aux yeux des hommes, quant à la seconde, on lui donnait une potion stérilisante pour préserver sa silhouette
(Sefer Hayashar 7). Malgré la condamnation de ce type de pratique par les rabbins, la loi resta différente pour les hommes et les femmes : à l’époque de la Mishna (M. Guit. 8 : 5: et M. Yev. 10 :1), si un homme dont la femme a disparu en épouse une autre et si la première revient, il ne subit aucune punition, tandis qu’une femme dans le même cas est traitée comme si elle avait commis l’adultère”. Bien que l’homme exerce un droit exclusif sur la sexualité de sa femme, la réciproque n’est pas vraie. Elle ne peut empêcher son mari d’épouser d’autres femmes ou d’avoir des relations sexuelles avec des femmes non mariées, alors qu’elle ne peut avoir qu’un seul mari et n’avoir de relations sexuelles qu’avec lui“ : « Raba a dit : “[S’il dit :] “Viens et fiance la moitié de moi’, elle est fiancée. [S’il dit :] ‘La moitié de toi m’est fiancée’, elle n’est pas fiancée” » (Kid. 7a). Le Talmud (Sanh. 21a et cf. Deut. 16:17) précise que seul un roi est limité dans le nombre de femmes qu’il peut épouser. Il ne peut en épouser plus de dix-huit car cela pourrait interférer avec ses responsabilités politiques, comme le montre l’exemple de Salomon qui avait sept cents femmes et trois cents concubines. Les autres hommes ne sont pas limités s’il remplissent leurs obligations* envers elles. En partageant un mois en quatre semaines et en tenant compte des obligations de l’homme, les rabbins ont évalué le maximum à quatre femmes (Yev. 44a). Cependant cette discussion semble purement théorique puisque aucun rabbin du Talmud ne semble avoir été polygame ni n’avoir été confronté à des hommes polygames. Même si la loi le permettait, la polygamie n’était donc déjà plus pratiquée à l’époque talmudique.

Ce n’est qu’aux IX et X° siècles que les juifs européens se mirent à édicter des takkanoth à ce sujet, sans doute influencés par le christianisme dominant qui l’interdisait. Bien que ces amendements aient été acceptés par les communautés avant cette date, l’interdiction a été attribuée à Rabbenou Guershom (960-1028) : « Le hekhem [« excommunication »], selon le règlement de nos communautés déclaré par Rabbenou Guershom, Me’or Hagola ”, selon lequel il est interdit d’épouser deux femmes, ne peut
être révoqué que par cent rabbins provenant de trois régions et de trois communautés différentes. » Cette interdiction de la polygamie ne fut acceptée que dans les milieux ashkénazes. Dans les milieux séfarades, qui vivaient sous l’influence musulmane autorisant la polygamie, les juifs continuèrent à l’accepter tout en la pratiquant rarement. Une clause dans la ketouba était souvent ajoutée, spécifiant que l’époux devait demander l’autorisation de sa première femme s’il voulait en épouser une
seconde. En Israël, la pratique fut unifiée avec l’interdiction de la polygamie pour tous.

 

polygamie

 

Dictionnaire des femmes et du judaïsme