Réformer le suffrage universel en France?

suffrage universel
Le suffrage universel qui permet à tous les citoyens français de voter sans distinctions sociales, ethniques, religieuses ou sexuelles, est un pilier de notre démocratie.
Se poser la question de sa révision peut faire frémir et susciter la crainte d’un retour à un régime autoritaire dans une logique de régression.
 
Pourtant nous devons reconnaitre les limites du suffrages universel et même ses dérives.
Tout d’abord le droit de vote accordé à l’ensemble des citoyens n’empêche pas la récurrence d’une forte abstention. Celle-ci est liée aux incertitudes politiques, à un manque d’intérêt pour les questions politiques, ou pire; à une croyance de plus en plus ancrée que les solutions aux problèmes quotidiens ne viendront pas de nos dirigeants élus.
Nous pouvons nous interroger ensuite sur les aptitudes de certains de nos concitoyens à comprendre les différentes problématiques politiques, économiques et sociétales. Il est ici moins question d’intelligence que de culture et d’analyse. S’il est tout à fait respectable de voter en fonction de ses intérêts personnels, il est également inquiétant qu’un vote soit la résultante d’un manque de discernement, d’analyse et d’informations. Choisir un candidat charismatique ou voter par contestation sont deux illustrations de cette absence de réflexion préalable au vote.
 
Intéressons nous maintenant aux différents modes de suffrage ayant précédé le suffrage universel.
Le suffrage censitaire était le mode de suffrage dans lequel seuls les citoyens dont le total des impôts directs dépasse un seuil, appelé cens, sont électeurs. Parfois, le cens pour être éligible est fixé à un seuil plus élevé. Ce système n’a plus cours aujourd’hui car il cantonnait le droit de vote aux plus riches, excluant les citoyens de condition modeste. Il n’est pas envisageable à l’avenir car il ajouterai aux inégalités sociales une inégalité politique.
Le suffrage capacitaire quant à lui, est un mode de scrutin dans lequel le droit de vote est accordé aux citoyens en fonction de leurs capacités intellectuelles, par exemple la faculté de lire et écrire. En pratique, seuls les détenteurs de certains titres (diplômes) ou ceux qui exercent certaines fonctions auront le droit de vote. Ce mode de suffrage semble plus cohérent car conditionnant le droit de vote à un certain niveau d’études ou de compétences professionnelles, il restreint celui-ci aux citoyens disposant d’un minimum de culture générale et de capacités intellectuelles. L’inconvénient est que même aujourd’hui, il risquerait de se confondre avec une forme de suffrage censitaire car en France les plus diplômés viennent souvent de milieux plutôt aisés. Les classes populaires seraient de facto en grande partie exclues du jeu politique.
 
Toutefois, un mode de suffrage intermédiaire, à mi chemin entre le suffrage universel et le suffrage capacitaire est concevable. On pourrait envisager de restreindre le suffrage aux citoyens français disposant d’un niveau requis de culture générale et de compréhension des différents thématiques politiques. Ce niveau pourrait être évalué par des tests dont la préparation accessible à tous, serait financée par l’état. Un tel système favoriserait un vote qualitatif et valorisé car réalisé par des citoyens compétents et motivés sans discrimination.
 
Bien sûr, cette idée peut sembler utopique car dans la pratique ce suffrage élitiste risquerait de décourager une partie de la population avec le risque d’une plus grande abstention. J’entends déjà nos biens pensants politiquement corrects crier à la dictature ou à la confiscation du pouvoir politique par les élites économiques.
Mais redonner de la valeur au vote en le considérant comme un droit qui se mérite, n’est-il pas l’arme la plus efficace pour des citoyens lassés des manipulations de leurs dirigeants?
 

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